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Calme plat apres la tempete... La pile de detritus est toujours sur le trottoir et des profiteurs saisissent l'occasion pour y ajouter leurs saloperies... Le jus qui doit sortir de cet amas de cochonneries a du pourrir la racine des platanes qui avait pris un sale coup deja avec l'eau de mer. J'ai recommence a peindre mais sans vrai determination.
Faut dire les choses, entre la bourse qui me bouffe mes economies et Ike, je suis un peu decourage et deprime. Il y a trois mois, j avais une jolie maison dans un petite paradis et trois sous a la banque, aujourd hui j'ai une maison invendable dans une ile sale et des economies qui ont fondu.
J'ai du mal a encaisser le coup et l idee que nous sommes des dizaines de milliers au Texas dans le meme cas n est qu une maigre consolation. Quant a ecrire et commencer mon roman historique, je n en ai pas le coeur pour le moment. Je n attends plus qu une chose, le cheque des assurances et le camion poubelle qui va nous debarrasser de notre tas d ordures. Quant a Wall Street et mes economies, il ne faut pas rever : si j ai des couilles, j'investis ce qui me reste en cash dans des actions de banques au moment ou le bottom est arrive.
En fin d'apres midi nous sommes alles marcher sur le seawall : surprise, la mer s'est enfin retiree apres 3 semaines et les plages sont revenues, certaines sont meme propres. C'est un immense soulagement de revoir le sable, la mer bleue-verte lecher le rivage et retrouver le Galveston cotier qu'on aime. Pour le reste de l'ile, notamment l'interieur, l'hopital et le West End, il faudra plus de temps : les dégâts de l'hopital UTMB (University of Texas medical branch) sont estimes a 700 millions de dollars.
Rapide tour dans le centre de Galveston ce matin en allant déposer quelques sous à Bank of America dont le titre se casse le nez dans une bourse qui s'effondre à Wall street comme à Paris : déprimant, tout est sale, gris ou marron, commerces ouverts sur la rue et vidés de leurs stocks, personnel absent ou morose, bref l'ile, trois semaines apres le passage d'Ike, est un désert sordide. On n'a pas trainé et nous sommes rentrés tristes et silencieux a la maison.A 13 heures, l'adjusteur de l'assureur degat du vent s'est enfin pointé avec un accolyte. Un grand type au physique de prédicateur, assez sympa et très pro. Il nous a mis sur sa liste de degats tout ce qu'on pouvait désirer et même ce qui nous avait echappé. Toutefois, on a un "deductible" de 2000 dollars et on a besoin d'un bon paquet de dommages pour ne pas en être de notre poche. Cela dit, il a mis sur la liste 500 dollars de nourriture foutue dans le frigo, le frigo pourri par la nourriture avariee, l'unité d'air conditionné, la palissade côté jardin, et diverses babioles sur le toit et les plafonds.On devrait s'y retrouver. A vue de nez, nous avons pour 50 a 60.000 dollars de dommages dans la maison et au dehors, jardin et toit.Mais ce qui me brise le plus le coeur, c est l'allure générale de l'ile et l'impression de grande pauvreté qui s'en degage. Comme pour nous déprimer davantage, nous sommes allés au dispensaire pour les pauvres car nous n'avons pas accès à l'hopital et la vue de tous ces Hispaniques et ces Africains-Americains entassés comme des serviettes sales en l'attente de soins bon marché nous a encore un peu plus sapé le moral. Il faut voir cela pour comprendre ce que signifie l'absence de Securite Sociale pour tous aux Etats Unis. Je me serai cru dans un roman de Dickens. Et pourtant ce dispensaire est moderne, propre, bien equipé, ce qui cloche, c est le spectacle de tous ces pauvres gens mal vêtus, souvent déguenilles et sales qui attendent leur tour pour recevoir des soins. Les Etats Unis ont besoin d'un Obama qui prend un peu les choses en mains car entre les banquiers qui font n'importe quoi et les docteurs du secteur privé qui se sucrent pendant que 45 millions de citoyens n' ont pas accès à la mèdecine, ce pays part en morceaux.Après dix ans aux Etats Unis, je me demande comment il est possible de ne pas être politiquement radical dans ce pays. Wall Street, Hollywood et Miami ne sont que de la poudre aux yeux qu'on jette aux yeux des cons qui croient que tout le monde a une chance au pays de Lincoln. Plus ca va, plus je suis convaincu que c'est faux et qu'il est plus facile de s'en sortir en Europe. Abraham ne reconnaitrait pas son pays.

A Droite, c'est notre maison apres l' ouragan de 1900 qui a tué de 6 a 8000 personnes selon les sources. Elle a donc survecu à 8 ouragans dont 4 dévastateur entre 1900 et 2008. Bien sur elle a un peu changé d'allure depuis 1900. Cette photo a ete publiee sur Channel 2 Houston News la veille de l'arrivee d'Ike. Ann l'avait e-mailée à la journaliste de Houston News qui nous avait interviewés sur la plage deux jours avant Ike. On nous voit sur la photo de Gauche.Rentrés à Galveston cet apres-midi : déprimant de retrouver l'ile sans plages, toujours couvertes de detritus et de debris, et sans vegetation. On vient de faire une promenade sur le seawall désert et on ne trouvait rien a se dire tant nous nous sentions tristes de ce que nouspouvions voir. Il va falloir des mois et des mois.On a un peu parle a notre voisin Bayley White et il en a assez de cet amoncellement de debris dans son jardin. Voila deux semaines qu il sort, trie et entasse sur le trottoir et dans le jardin ce qui peut etre recupere et ce qui doit etre jeté. On a eu plus de chance que lui ou on a ete moins silly, car on s est bien garde de mettre au rez de chaussée des vetements, des meubles, des tapis. Bref des choses de valeur auxquelles on tient. La mairie exige qu on fasse 4 tas de detritus bien differencies pour pouvoir les ramasser plus aisement : ils revent a la mairie. On leur a fait un grand bras d honneur et les debris d'Ike continuent de s accumuler sur des hauteurs vertigineuses sur les trottoirs. J ai oublie mon appareil de photos a Silsbee comme un idiot et je regrette de ne pouvoir prendre de nouveaux cliches. Je vais m acheter un nouvel appareil plus facile et plus sophistique, celui la est trop vieux maintenant, il a 5 ans au moins. Mais il nous a rendu de grands services, notamment quand on gagnait notre vie sur e-Bay.
Trois semaines dejà qu'Ike nous a terrorisés durant une nuit entiere et qu il a change la vie de centaines de milliers de gens. Ici a Silsbee où nous sommes toujours refugiés les traces ne sont plus trop visibles mais à 15 miles à Beaumont les rues sont encore remplies de troncs et de branches d'arbres et les toits toujours couverts de plastique bleu pour cacher les shingles (tuiles) emportées par le vent.
Quant a Galveston, c est toujours un chantier et je ne me fais pas d'illusions, ce que nous allons retrouver dimanche ne sera pas différent de ce que nous avons laisse mardi soir. Lundi apres midi nous avons rendez vous avec l'expert de l' assurance degats du vent et j espere qu il sera aussi compréhensif que celui du degat des eaux. Cela dit, sympa ou pas, ce qui compte, c est le montant des reparations accordees et pas les sourires de compassion.Plus le temps passe, moins j' ai envie de quitter l' ile pour toujours. Apres tout, Ike ou pas, c' etait un paradis et il n est pas ecrit dans le sable que ce paradis est perdu pour toujours. Vivre a Beaumont ne me dit rien et la seule place ou j' aimerai vivre hormis a Galveston est sur la cote d'Azur. Helas je n en ai plus les moyens et quand je les avais, je l ai boudee. Il faut dire que j'avais 12 ans de moins et que j'étais en meilleure santé. Je n'avais pas fait mon plein d'aventures.
Entre temps, ce malade narcissique de O. J. Simpson a été reconnu coupable de vol à main armée de memorabilia de sport dans un hotel de Las Vegas. La morale de cette affaire est qu'aux USA vous avez plus de chances d'éviter la taule si vous tuez votre femme que si vous tentez de voler quelques articles de sport qui vous ont dans le temps appartenus. J'ai toujours pensé que les vrais mysogines étaient les Anglais, je dois m'être trompé.
Pendant que nous tuons le temps au mieux dans une maison qui n'est pas la nôtre, la Chambre des Représentants finalement vote en faveur du bail out plan (ou plan de sauvetage) : on devrait l'appeler PSGCWS, Plan de Sauvetage des Gros Cochons de Wall Street. Car ce n'est rien d'autre qu'une bouée de secours lancée aux guignols qui nous ont mis dans le pétrin, à commencer par ces cowboys de chez Goldman Sachs qui est en fait une maison de jeu légale, un Casino purement financier. Ils ont joué, ils ont perdu et ils nous font payer.Y a- t- il encore des imbéciles dans ce bas monde pour croire qu'il y a une morale dans la vie des affaires et le monde de la finance ? Y a t il encore des idiots pour penser que les fautifs paient pour leurs erreurs ? Bush a mis en place un secrétaire d'Etat au Trésor qui est un ancien directeur general de Goldman Sachs et poff ! miracle !! il propose un plan de secours qui va sauver sa banque et lui valoir la gratitude éternelle de ses ex collegues et de ses employes à 600.000 dollars de bonus annuel... Merci patron !!! T'es vraiment fortiche.On veut nous faire croire que l'économie sera asphyxiée si on n' ouvre pas les vannes du crédit aux.. dispensateurs de crédits, a savoir aux banques ? Mais pour qui nous prend on ? Dans les années 90 les banques japonaises qui avaient spéculé comme des imbeciles se sont retrouvées dans une situation analogue : leur crise de liquidité a duré six ans et tout ce que le gouvernement japonais a tenté au cours des annees 90 n'a rien donne. Le sang n est revenu que peu a peu dans l' economie japonaise. De 1998 à 2003, le gouvernement a injecte l'équivalent de 440 milliards de dollars dans le systeme bancaire : à la fin de l'an dernier, seulement 70% ont ete retournes dans les coffres du Tresor. Grosso modo, le contribuable nippon a casqué 132 milliards de dollars.Il n' en ira pas différemment pour les banques americaines et europeennes visees par ce manque de cash et pour le contribuable occidental : elles vont utiliser l'argent pour colmater les brèches les plus urgentes sans aucun contrôle possible des autorités monétaires quoiqu'on nous dise maintenant, elles s'assieront sur le reste et regarderont venir les clients en pincant le nez. Seuls les copains, les riches qui n' ont pas vraiment besoin d' argent et les plus fortunés dont le cashflow reste gonflé vont avoir droit aux crédits que le contribuable aura été forcé et bien sympa d'avancer.Une fois de plus les banquiers vont prendre des airs supérieurs et nous expliquer avec un air désolé que les temps sont durs et que le credit est tres rare. Et moi je vais devoir pomper sur mes maigres économies l argent necessaire a refaire ma maison si les assureurs ne prennent pas tous les dégats en charge. Ce qui est generalement le cas. Les gros cochons flambeurs de Wall Street vont pouvoir continuer a me prendre pour un minable et flamber discretement tout en jurant leurs grands dieux que "money is scarce" et en buvant du Taittinger. Fuck those sons of bitches !!!!
Nous avons quitté Galveston hier mercredi un peu déprimés par tout cela. L'ile est un spectacle désolant et la vue de notre jardin depuis la veranda nous mine le moral. Comme il n'y a plus rien a faire pour l'instant dans la maison , nous avons decide de retourner chez Sean a Silsbee. Au moins, la ville a retrouve son air propre et bien tenu meme si ici et la quelques pans de murs sont encore par terre.Sean a deja touche son cheque de l assurance : 11000 dollars pour reparer le toit et changer quelques outils electriques. Pas trop mal. Si notre assureur est aussi genereux, nous devrions avoir une maison neuve au rez de chaussee et des equipements de premier plan un peu partout.Il fait un temps magnifique et c est vraiment dommage que nous ne puissions jouir de ces mois enchanteurs a Galveston.
Je n' ai rien ecrit depuis dix jours parcequ'il n'y avait rien à dire et surtout parceque nous n'avons pas l'internet à Galveston où nous sommes rentrés vendredi dernier pour découvrir les degats. L'ile est un total desastre, une zone de guerre, sans plages, sans gaz, sans égoûts et sans commerces. Les habitants sont revenus pour repartir et l' ile est largement inhabitee. Des dizaines de maisons sont insalubres.L'Est End n est plus qu une grande flaque d' eau qui a recouvert les plages et etendu les marais ; le West End est un mince filet de sable entre la mer et la baie où les villas de luxe ont desormais les pieds dans l'eau. La route chemine maintenant entre deux murs de sable qui ont ete poussés par les eaux et les bulldozers et depuis la voiture on ne voit plus rien mais la mer est de 30 a 40 metres plus proche qu'auparavant.
Quant a notre maison, elle a tenu le coup : le rez de chaussee a ete inonde mais rien n a ete touche dans les etages où nous vivons. On a perdu le superflu : air conditionne, freezer, machine a laver, cumulus d eau chaude, outils de jardinage electrique et outils de bricolage, jacuzzi, moquettes et autres objets de collection que nous gardions au rez de chaussee.
Mais on peut vivre dans la maison à condition de se passer d'eau chaude et d'air conditionné. Surtout j ai garde livres, tableaux, tapis, mes quelques meubles, bref tout ce a quoi je tenais. Cela dit , le spectacle de la vegetation brulee par l eau de mer, des debris, des maisons eventrees dont le contenu a ete jete en piles immenses sur les trottoirs est un creve-coeur absolu. Le centre historique de l ile qui etait une merveille d architecture est transforme en capharnaum a ciel ouvert et les quartiers pauvres en majorite noirs ressemblent a une poubelle a ciel ouvert. Il faudra des annees pour reparer tout cela et pour oublier. Enfin je me demande ce que vaut desormais ma maison et l' immobilier en general dans l ile.