Monday, June 15, 2009

PASSEZ MOI LE GOBELET


Ces nausées, c'est vraiment la plaie du cancéreux lambda, tout comme l'acné celle de l'adolescent beta. Du matin au soir, le vague à l'âme -ou plutôt le vague au coeur- m'empêche de prendre plaisir à quoique ce soit, boire, manger, marcher, nager, jouer et la seule activité supportable est la lecture et encore à small doses. La cortisone n'a rien changé et j'ai laissé tomber car j'en ai assez d'ingurgiter plus de 10 différentes drogues par jour. Les toubibs finissent par ne plus se rendre compte qu'ils nous transforment en usines chimiques à rendements variables, je devrai dire à vomissements constants.


Hier soir, au moment de passer à table, la vue d'un onion bouilli dans mon assiette m'a fait me précipiter au dessus du lavabo de la cuisine. Ensuite assez curieusement j'ai pu avaler sans problème une belle tranche de jambon après avoir regardé un film un peu noir sur les labos pharmaceutiques et l'Afrique noire. Je suis un peu agacé par tous ces metteurs en scènes qui se croient obligés de peindre l'Afrique noire en NOIR, gorgée de politiciens pourris, rongée par le Sida et la corruption. Ils feraient mieux de balayer devant leur porte et de s'intéresser à ceux des Africains qui se battent pour sortir leur pays du sous développement.

Je dors pas trop mal mais dès le réveil, la sensation d'écoeurement me saute à la gorge, comme le passé si vous vous y attardez trop. Difficile de regarder l'avenir tout de même mais il ne faut pas désespérer car il peut être rose et j'ai bien l'intention d'en profiter avec Ann.

Saturday, June 13, 2009

NAUSEES AD NAUSEUM


Bon on me l'avait caché l'an dernier, la radiothérapie donne des nausées ; eh bien merci je ne m'en étais pas rendu compte en 2008, on apprend tous les ans, car cette année, ces petites chéries ne me quittent pas, elles me collent au bas ventre comme des sangsues. Certes c'est mieux que de souffrir de sales migraines noctures ou diurnes pendant des heures mais quel manque d'énergie cela engendre, je me traine comme une limace sur une vieille feuille de laitue.

Et cela dure et perdure. Ce soir je me suis forcé à manger le bon jambon de Parma et les melons, mais rien n'a plus de goût, quel dommage. Et le plaisir d'être à table s'évanouit comme par mésenchantement... Les convives vous regardent avec peine, comme si vous leur gâchiez leur plaisir de se baffrer. Enfin plus que 8 séances et basta. Espérons seulement que tout ce cirque me permettra d'échapper à la chimio car il parait que c'est encore pire. La vie est un dur combat mais les nausées, c 'est un combat contre l'écoeurement. Pas drôle.


Mon amie Marie Claude C. me prête un studio pendant une semaine histoire de voir s'il nous convient à Ann et moi, ensuite elle nous le loue à un prix d'ami, on devrait s'y plaire, il est situé sur le Vieux Port et est gentiment arrangé et meublé. C'est bon les amis comme ça. Et on oublie Cassis. Ann a commencé son blog, il est génial, je pense qu'il aura du succès, elle écrit divinement bien et avec tant d'humour.

Thursday, June 11, 2009

ESCANGANASSé

Deuxième séance de rayons de la vie, cet après midi, en espérant qu'ils vont m'épargner cette fois çi les nausées et vomissements de la première séance. Sinon tout va à peu près bien : faibles douleurs passagères oscillant entre le bénin et l'agaçant. J'ai mangé de bon appétit, artichauds, légumes bouillis et foie de veau. Le régime ad hoc pour ce que j'ai.

Assez bonne nuit malgré un réveil à 5h du matin et un mal fou à me rendormir, du coup, je suis en ce début d'après midi tout escanganassé, comme on dit sur le Vieux Port. Je ne suis pas sûr que ce mot existe en parler marseillais et si ce n'est pas le cas, eh bien, j'en revendique la paternité sans ADN.


Cela dit, il est maintenant 20h et je suis encore assez mal foutu avec une sensation permanente d'écoeurement. Que vida !

Wednesday, June 10, 2009

SEANCE DE CHOC




La première séance de radiothérapie s'est bien déroulée, les manipulatrices étaient très contentes d'elles-mêmes, au point de dire que c'était "parfait". Tellement parfait que j'ai à peine eu le temps d'ouvrir la porte de l'appartement avant de dégueuler ma bile pendant deux heures dans le lavabo avec des contractions d'estomac pas croyables. Après ce divertissement épuisant, j'ai ronflé comme un petit Jésus pendant 2 autres heures. La soirée s'est bien passée avec la visite de Fred qui a diné avec nous, en pleine forme. Elle parle beaucoup et c'est difficile d'en placer une avec elle mais je l'aime énormément et elle n'est jamais ennuyeuse et c'est une battante.

La nuit a été bonne et comfortable mais j'ai tant de mal à m'endormir que cela devient pénible d'avoir à éteindre la lumière en espérant trouver le sommeil. En tout cas, ce matin je me sens bien mieux, sans grosses douleurs et avec un peu plus de tonus. Est ce déjà l'effet de la première radiothérapie ? Ce serait merveilleux. Huguette a appelé pour mettre les choses au point ainsi que François, ils sont formidables tous les deux mais quel dommage que Corine ne soit plus là, tout serait si différent.

Bon il faut arrêter de se lamenter sur les disparus, je pense à tous ceux qui viennent de voir s'envoler des êtres aimés dans l'avion d'Air France et finalement de recueillir des cadavres méconnaissables, brûlés, bouffés par le sel et l'eau... Quelle horreur ! Je vais aller me doucher, ca fera glisser les pensées noires sur mon corps et les évacuer vers les égoûts de Marseille. Bon voyage.

En tout cas, la douleur se fait rare ce matin et c'est un immense soulagement bien que je la sente qui tente en ce moment de faire un comeback. C'est très dur de "s'accrocher" quand on souffre beaucoup et c'est toujours amusant d'entendre les autres prodiguer leurs conseils de vertu et de courage. Les rares moments où je me demande à quoi bon s'accrocher, ce sont ceux où la douleur se fait intense et dure, dure, dure... On n'est pas fait pour vivre dans la douleur et Dieu n'est d'aucun secours dans ces cas-là : se souvenir de Lui quand on se tord sur son lit n'a aucun sens, c'est quand tout va bien qu'il faut L'aimer et avoir une pensée pour Lui et pour les autres qui souffrent.
PS : vue de Maman et de la table sur laquelle je m'appuie pour écrire ce blogue.



Monday, June 8, 2009

DEBUT DE RADIOTHERAPIE

Bon, j'ai eu de terribles migraines hier soir jusqu' 2 heures du matin, heureusement j'ai pu partager ces moments joyeux avec Ann et Maman, la souffrance est plus supportable quand on la partage. Ensuite, j'ai pu jouer au bridge on line avec Nena qui a fait de fantastiques progrès, elle joue vraiment bien désormais et on gagne au lieu de perdre. Aujourd'hui première séance de radiothérapie sur mes os, ils m'ont collé un masque sur le visage et les épaules et j'ai l'air d'un chevalier teutonique, il faudra que je demande à une des nurses de me prendre en photo. Cela me fera un souvenir rigolo au milieu de toute cette merde et ces incertitudes sur le futur.

Après l'hosto, je suis passé chez mon généraliste qui m'a prescrit une minerve pour soulager les vertèbres et des anti-douleurs, le tout semble efficace car ce soir je me sens pas trop mal.
Souffrir comme hier soir est au-delà de mes capacités et c 'est inutile, j 'ai besoin de toute mon énergie et ma volonté pour lutter et la souffrance ne fait que me les arracher. En outre au delà d'un certain seuil de douleurs, on a tendance à s'apitoyer sur soi-même et c'est la pire des choses.

Enfin Ann arrive à Marseille le 24 juin et c'est le principal, je n'ai besoin que d'elle. Bien sûr je suis heureux d'avoir Maman ici, que ferai-je sans elle, mais cela me mine de la voir se stresser pour son fiston. Quand Ann sera là, elle pourra souffler un peu et si je souffre trop, elle en sera moins le témoin.

Mon généraliste est une femme charmante et douce qui m' a à la bonne, j'ai de la chance, de même la secrétaire de mon oncologue à Clairval est charmante, le personnel médical en France est fabuleux. Mon expérience des Etats Unis où j'ai fait en 11 ans deux séjours à l'hosto ne me permet pas de dire la même chose.

Merde, je recommence à avoir mal à l'oreille, j'espère que le cirque infernal de hier soir ne va pas recommencer.

Thursday, May 14, 2009

NEUF MOIS PLUS TARD

Je n'ai rien écrit depuis Décembre. J'ai préféré étaler mes états d'ame sur une toile plutot que sur un blog. Finalement la peinture permet une meilleure expression de soi-meme ce qui en fin de compte eleve l'ame au lieu de l'ecouter avec complaisance.

J'ai fini par revenir me faire soigner a Marseille car ce n est pas mon ame qui est malade mais mon corps. Je me demande parfois si Ike n'est pas pour quelque chose dans le retour du cancer. Enfin! je supporte bien le traitement et j'ai bon espoir. Il m'arrive d'avoir peur toutefois mais je chasse ce sentiment affreux a grands coups de pieds. Il faut ignorer le mal et la peur qui est une tres mauvaise conseillere comme chacun sait.

Ann est seule a Galveston et en profite pour faire des ameliorations dans la maison, mettant Sean a contribution. Pauvre Sean ! Faut dire aussi qu'on l'aide bien a se sortir de la mauvaise passe où il se trouve. Quant à Galveston, le retour à la prospérité d'avant Ike me semble toujours problématique. Il ne faut pas etre pressé. Cela dit, malgré tout le plaisir que j'ai à etre avec les miens, Galveston me manque. Apres quelques semaines en France, I miss terribly the USA. Je ne saurai dire pourquoi. Peut etre est ce simplement que je suis en train de devenir Américain malgré toutes les critiques que je peux formuler à l'encontre de ce pays trop neuf, trop immature, trop béotien, trop violent, trop nouveau riche, trop sur de lui.

Monday, December 1, 2008

A DEUX DOIGTS DE LA MORT A GALVESTON


Le sherif m'apprend que 911 a recu ce matin un coup de fil d'un homme annoncant que sa mère vivant dans une maison de la 35th Rue avait besoin des services d'un mèdecin et qu'elle était au plus mal.

Quand l'ambulance s'est pointée dans la maison, les infirmiers ne trouvèrent à première vue personne. Toutefois l'odeur de pourriture était si forte et les draps du lit dans la chambre si souillés qu'ils pensèrent tout de même qu'il y avait un être vivant, quoique mal en point, dans la demeure.


Après un rapide tour du domaine, les deux infirmiers finirent par découvrir dans la cuisine une vision d'horreur : là gisait à même le sol de céramique froid, une femme d'une soixantaine d'années totalement nue, souillée à un point indescriptible et dont la chair avait commencé à être bouffée par les vers que les infirmiers pouvaient voir grouiller dans les plaies. La misérable créature est elle demeurée dans cet état depuis l'ouragan Ike en Septembre dernier ?

Le fantomatique fils ayant disparu avant l'arrivée de l'ambulance, il est difficile de savoir. La dame en question, àgé de 62 ans, est d'origine hispanique mais est Américaine et a travaillé longtemps pour la police de Galveston. Transportée à l'hopital de Texas City dans un état proche de la mort, elle n'a pas encore été en mesure de renseigner la police et pourrait même, selon les médecins, n'être plus jamais en état de le faire.

Difficile d'imaginer que des situations de ce genre peuvent encore se produire en 2008 aux Etats Unis chez des gens qui sont apparemment des citoyens normaux.